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Éducation aux médias 101
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Archives des articles - 2009

Wikipédia : un message d’apprentissage communautaire et de structuration du savoir

Par Emmanuelle Erny-Newton, spécialiste en éducation aux médias, Réseau Éducation-Médias

Wikipédia est la ressource en ligne la plus utilisée. C’est la première destination des jeunes pour leurs recherches scolaires – et c’est souvent aussi la seule.

Entreprise communautaire d’ambition, l’encyclopédie en ligne est un des phares du Web 2.0 : la publication de ses contenus se fait sans intermédiaire, elle est très simple et instantanée – la signification même du mot Wiki vient du mot hawaïen « wikiwiki », qui signifie « vite ».

Mais inévitablement, Wikipédia a les défauts de ses qualités : faites-vous partie des détracteurs de l’encyclopédie en ligne (« Comment peut-on faire confiance à un corpus que n’importe qui peut amender ? ») ou êtes-vous de ceux qui n’hésitent pas à s’y référer ? Vérifiez-vous, ou faites-vous vérifier à vos enfants, vos élèves, le contenu de cette encyclopédie toujours en chantier ?

Il est évident que le caractère ouvert de l’encyclopédie en fait une proie facile aux luttes d’influence, à la propagande et à la désinformation. Mais si les contributeurs agissent sous couvert d’un pseudonyme, ils laissent cependant des empreintes digitales (littéralement) de leur passage, et savoir qui révise quoi est une fenêtre directe sur les batailles idéologiques (et économiques) de notre époque. C’est ce que permet de faire WikiWatcher [1]: fruit de l’étudiant en informatique Virgil Griffith, le site met à la disposition de toute une base de données qui apparie les millions de corrections et ajouts faits dans Wikipédia aux adresses IP de leurs auteurs.

Le Vatican, par exemple, a cherché à réviser l’article sur le politicien irlandais Gerry Adams, leader du mouvement catholique Sinn Fein, à propos d’une affaire embarrassante. Des ordinateurs du ministère d’Industrie Canada « firent le ménage » sur la page de Jim Prentice au moment où l’ancien ministre de l’Industrie s’apprêtait à présenter l’amendement controversé à la loi sur le droit de copie. L'Eglise de Scientologie, quant à elle,  est depuis longtemps un contributeur assidu de l’encyclopédie en ligne, corrigeant les articles la concernant, ou  amendant ceux de ses concurrents.

Après cet état des lieux, on peut légitimement se demander si l’encyclopédie en ligne a bien sa place à l’école : peut-on faire confiance à Wikipédia ?

Le principe de précaution et de vérification s’applique à Wikipédia – comme à tout site Web, du reste. Mais contrairement aux sites Web courants, Wikipédia est régie par des règles. Car si l’encyclopédie est communautaire, elle est loin d’être anarchique, et sa structure lui donne les moyens de repérer et de contrer les attaques à son intégrité.

Parmi les principes fondateurs de Wikipédia [2] on trouve la neutralité de points de vue et les règles de savoir-vivre. En d’autres termes, les articles de l’encyclopédie se doivent de présenter tous les aspects d’un même problème lorsque cela est nécessaire, le tout se construisant dans un esprit de coopération et de cordialité.

En cas de doute sur la qualité d’un contenu, les utilisateurs peuvent placer des bandeaux de maintenance en tête de l’article, comme « Cet article est sujet à caution, car il ne cite pas suffisamment ses sources ». Ceci constitue une mise en garde efficace pour le lecteur, de même que l’évaluation affichée en tête de la page de discussion : si l’article y est évalué « ébauche », ou « bon début » (sujet couvert de manière parcellaire), ou même « B » (article complet mais comportant des biais ou nécessitant une clarification), la réserve s’impose.

Enfin, la teneur des discussions relatives à l’article est souvent instructive : si l’article s’est construit dans l’harmonie, l’article est sans doute équilibré. Par contre, prudence si une polémique éclate dans la page de discussion : plusieurs points de vue revendiquent sans doute l’hégémonie. Mauvais pour la neutralité, ça.

Le comité d’arbitrage constitue le dernier ressort d’intervention en cas de conflit : disposant d’un accès aux adresses IP des contributeurs, il peut donc, purement et simplement, bloquer les indésirables ; c’est ce qui est arrivé à l’Eglise de Scientologie le 30 mai 2009 : au terme d'une procédure sans précédent (que l’on peut retrouver sur le site), le comité d'arbitrage de Wikipédia a ordonné le bannissement de toutes les adresses IP correspondant à des ordinateurs de l'Eglise de Scientologie.[3]

Aller faire un tour sur la page de discussion d’un article peut donc rapidement donner une idée de sa fiabilité. Cela permet aussi de découvrir une dimension qui n’est jamais présente dans les encyclopédies et ouvrages « papier » : les traits d’ébauche et les tâtonnements du savoir en train de s’organiser. Attirer les jeunes dans ces coulisses peut avoir l’impact d’une épiphanie pédagogique : nulle part comme là, pourront-ils ressentir qu’un savoir est une construction, et non une vérité indiscutable et figée. Non un produit fini, mais une matière en devenir, à laquelle tous, même eux, peuvent contribuer.

Et si, pour l’enseignant et ses élèves, la richesse de Wikipédia se trouvait plus dans ce processus d’élaboration que dans le produit fini ? Le théoricien des médias et critique culturel Neil Postman défend l’idée que l’environnement d’apprentissage est plus important que le contenu de cet apprentissage. A une époque où tous les contenus, peu ou prou, sont accessibles depuis Internet, la remarque paraît d’autant plus fondée. Utilisée en classe, Wikipédia pourrait donc devenir une réelle entreprise d’apprentissage pour les élèves : de par son caractère heuristique, Wikipédia est rarement bloquée par les commissions scolaires ou les écoles ; et son authenticité – elle appartient au « monde réel », et non à l’univers distinct de l’école – peut pallier à la fameuse « crise de sens » dont parle Michael Wesch dans son article Anti-teaching: Confronting the Crisis of Significance: « (…) pour beaucoup d’élèves et d’enseignants, l’éducation est devenue un jeu de notes relativement dénué de sens ». « Lorsque les élèves se rendent compte de leur propre importance à façonner le futur de cette société de plus en plus globale et interconnectée, le problème du sens disparaît.»[4]

L’idée fait déjà son chemin : en Grande-Bretagne, le journal The Guardian révélait mi-mars que la réforme du cursus scolaire demanderait notamment aux jeunes de maîtriser Wikipédia au sortir du primaire [5].

A Vancouver, Jon Beasley-Murray, professeur de littérature latino-américaine à l’Université de la Colombie-Britannique, ayant remarqué que son domaine était très peu représenté dans Wikipédia, a décidé de mettre ses étudiants au défi d’améliorer, ou même de créer des articles sur le sujet, avec pour but qu’ils obtiennent tous le label « Article de Qualité » dans le temps imparti du semestre universitaire.[6]

Justement, Wikipédia, entreprise communautaire, accueille les nouveaux arrivants à bras ouverts. Elle leur a concocté un « bac à sable » pour s’entraîner, avant de se lancer dans le terrassement direct d’articles en ligne. Elle exhorte l’utilisateur : « N'hésitez pas à modifier les articles ! » ; et elle rappelle que rien n’est irréversible sur Wikipédia, grâce à l’historique. L’entreprise encyclopédique comprend même un système de parrainage des nouveaux, qui permet de tisser la communauté en même temps que le savoir.

Et si Wikipédia est trop ardue pour la collaboration des plus jeunes, Wikimini [7], destinée aux 8-13 ans, prend le relai. Lancée début octobre 2008, cette initiative d’un enseignant permet « de sensibiliser les enfants aux principes de rédaction de Wikipédia, encyclopédie libre de référence, dont ils seront probablement les rédacteurs de demain ».

Visitée en tant qu’utilisateur, Wikipédia donne, tout au plus, du contenu.

Abordée en tant que contributeur, elle devient à la fois un terrain pour articuler ses connaissances, et un lieu où pratiquer sa citoyenneté numérique.

Si, en reprenant Marshall McLuhan, le médium est le message, Wikipédia est un message d’apprentissage communautaire et de structuration du savoir.

N’est-ce pas là aussi le message de l’école ? 

  1. WikiWatcher. <http://wikiscanner.virgil.gr/>
  2. « Wikipédia: Principes fondateurs », Wikipédia. 8 juillet 2009.
  3. « L’église de scientologies minimise sont bannissement de Wikipédia », Nouvelobs.com, 30 mai 2009. <http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/vu_sur_le_web/20090530.OBS8641/
    leglise_de_scientologie_minimise_son_bannissement_de_wi.html?idfx=RSS_notr&xtor=RSS-17
    >
  4. Wesch, Michael, « Anti-teaching: Confronting the Crisis of Significance », Education Canada, printemps 2008
  5. Curtis, Polly, « Pupils to study Twitter and blogs in primary schools shake-up », The Guardian, 25 mars 2009. <http://www.guardian.co.uk/education/2009/mar/25/primary-schools-twitter-curriculum>
  6. « Wikipédia et éducation : un exemple de réconciliation », Framablog, 16 février 2009. <http://www.framablog.org/index.php/post/2009/02/16/wikipedia-education-exemple-projet-pedagogique-1>
  7. Wikimini. <http://fr.wikimini.org/wiki/Accueil>

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Le Réseau Éducation-Médias (le Réseau) est un organisme canadien sans but lucratif, reconnu pour son expertise en éducation aux médias. Il a pour objectif de veiller à ce que les enfants et les jeunes acquièrent l’esprit critique et les outils nécessaires pour comprendre les médias et s’en servir judicieusement. Les programmes du Réseau sont financés par des parrains, donateurs et partenaires des secteurs public et privé, dont CTVglobemedia • Canwest • TELUS • L’Autorité canadienne pour les enregistrements Internet • CTV • l’Office national du film du Canada • le gouvernement du Canada.


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